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Oṃ Sarve Bhavantu Sukhinaḥ

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Articles & actualités āyurvédiques

 
 
 
 
 

La discipline : une amie mal comprise

Une perspective āyurvédique sur la liberté,
les habitudes et le cheminement intérieur

 

Récemment, je suis tombée sur une publication Instagram qui disait :
« Tu aimes l’Āyurveda… mais seulement tant qu’il ne t’impose aucune discipline. »

Cette phrase fait réfléchir. En effet, aujourd’hui, il semble de plus en plus difficile d’intégrer la discipline dans notre quotidien. Nous voulons être libres, profiter de la vie et ne pas nous imposer constamment des contraintes. Le mot « discipline » est souvent associé à la sévérité, à la contrainte, voire à la punition.
Peut-être vaut-il la peine de regarder ce mot sous un autre angle.
En y regardant de plus près, on découvre son origine latine : disciplina.
Ce mot signifie enseignement, instruction, ordre et éducation. Il est intéressant de noter que disciplina dérive de discipulus, qui signifie élève ou apprenti.

Cette étymologie ouvre déjà plusieurs perspectives :

La discipline crée de l’ordre.

La discipline éduque.

La discipline enseigne.

Pourquoi la discipline est-elle essentielle dans notre quotidien ?

Généralement nous pratiquons déjà de nombreuses formes de discipline sans y prêter attention. Se brosser les dents chaque matin et chaque soir, faire son lit, faire la vaisselle après le repas, ranger soigneusement ses vêtements ou prendre régulièrement une douche : toutes ces actions répétitives structurent notre quotidien.
Sans ces petites routines, un certain chaos prendrait rapidement le dessus. La discipline n’est donc pas quelque chose d’exceptionnel, mais une composante naturelle de notre vie.

L’importance du rythme dans l’Āyurveda : la clé de la discipline

Dans le cadre d’un mode de vie āyurvédique, la discipline joue un rôle central, car elle aide à harmoniser le corps, l’esprit et le rythme quotidien. Il s’agit ici aussi bien de discipline extérieure que de discipline intérieure. Une vie saine et équilibrée nécessite un certain ordre – non seulement dans la vie quotidienne, mais aussi dans l’esprit. L’univers lui-même suit un ordre naturel. Les principes ayurvédiques nous aident à nous intégrer harmonieusement dans cet ordre.

Parmi les recommandations fondamentales, nous trouvons :

un emploi du temps structuré avec des horaires réguliers pour le sommeil ;

les repas et l’activité physique ;

se coucher tôt ;
se lever avant le lever du soleil ;

une alimentation fraîche et adaptée à chacun
;

manger en pleine conscience ;

s’abstenir de grignoter, à moins d’avoir réellement faim ;

activité physique quotidienne et des exercices.

Dans l’Āyurveda, ces rythmes de vie sont appelés Dinacharya (routine quotidienne), Ratricharya (routine nocturne) et Ritucharya (mode de vie saisonnier). Ils englobent toutes les activités récurrentes d’une journée – du réveil aux soins corporels, en passant par les repas et le sommeil, ainsi que les routines saisonnières.
Le Ritucharya invite notamment à adapter son alimentation et son mode de vie aux différentes saisons. Vous pouvez approfondir ce sujet dans les articles sur l’Āyurveda au printemps et l’Āyurveda en été.
L’objectif est d’harmoniser le corps et l’esprit avec les cycles naturels de notre environnement. Dans notre époque trépidante, de telles routines régulières porteront stabilité et repères.

Chacun décide quels aspects sont importants pour sa propre vie. Il est préférable de commencer par de petits changements et de les approfondir progressivement.

La différence entre un besoin et un désir

Par expérience nous connaissons les effets positifs d’un tel mode de vie. Mais nous savons aussi à quel point il est facile de s’écarter de ce cadre. Après tout, nous aimons parfois nous « faire plaisir », plutôt que de toujours suivre les règles.

Pour ce « faire plaisir », notre monde moderne offre d’innombrables tentations – que ce soit dans l’alimentation, à travers l’environnement social, les médias ou simplement par notre tendance à choisir la facilité. Quand nous passons devant une boulangerie le matin, on sent l’odeur des viennoiseries fraîches et déjà, un dialogue intérieur s’engage ; ou bien nous sommes invités et nous entendons : « Allez, ne sois pas si strict avec toi-même ». Nous cèderons une fois, puis une autre, et avant même de s’en rendre compte, nous nous éloignons petit à petit du chemin que nous avions soigneusement tracé auparavant.

C’est là que réside régulièrement un malentendu fondamental : nous confondons besoins et désirs. Un véritable besoin découle de ce dont le corps ou l’âme ont réellement besoin. Un désir, en revanche, naît souvent dans l’esprit (ego). La plupart du temps, nous suivons davantage nos impulsions du moment que nos besoins réels.

Le maître indien Swami Chinmayananda écrit à ce sujet dans son commentaire sur les Narada Bhakti Sutras :
« Notre esprit et nos sens nous poussent constamment à retomber dans nos anciennes habitudes de vie – une vie pleine de plaisirs sensuels, entièrement dictée par l’ego et les désirs égocentriques. (…) »

La discipline nous aidera à percevoir plus clairement cette différence.

Les habitudes naissent de la répétition

La maîtrise s’acquiert par une pratique constante et répétée. Grâce à cette constance nous pénétrons progressivement dans des niveaux plus profonds et plus subtils. Un enseignant digne de ce nom dira à propos du yoga : « Il vaut mieux faire des exercices simples tous les jours que des exercices compliqués seulement de temps en temps. »
La répétition d’une même pratique permet de s’améliorer quotidiennement et de progresser lentement vers la maîtrise sans pour autant être rigide. Quand nous faisons quelque chose tous les jours, cela finit par devenir partie intégrante de soi et naturel.

La discipline est trop souvent associée à la rigidité : la véritable discipline nécessite de la souplesse. La rigidité entraîne des blocages et peut, à terme, conduire à des dysfonctionnements corporels.


Pendant la pratique du yoga, mon enseignant corrigeait sans cesse ma posture. Il veillait tout particulièrement à ce qu’aucune articulation ne soit inutilement tendue. Dès que mes épaules ou mes bras se crispaient, il le signalait. En effet, une fois relâchées, les postures étaient tout à fait différentes.

La discipline signifie autre chose que se raidir. Elle signifie rester attentif et se recentrer constamment.

L’art de la concentration et de la souplesse

Nous trouvons un bel exemple chez les musiciens.

Quand nous observons un pianiste expérimenté, ses mains semblent glisser sans effort sur les touches, voire presque flotter, tout en produisant les sons les plus mélodieux. Les mouvements paraissent légers et libres. Derrière cette légèreté se cachent cependant des années de pratique assidue. Dès que ses doigts se raidissent, la musique s'en ressent – tout comme, à long terme, ses articulations. Tout l'art consiste à maintenir sa concentration tout en restant souple et détendu.

C'est précisément là que réside l'essence d'une discipline saine : une concentration sans crispation.

La discipline, un chemin vers l’épanouissement personnel

En fin de compte, la discipline sert à nous construire et à façonner notre esprit. Que ce soit dans l’apprentissage d’un instrument, de l’écriture, du dessin, de la pratique d’un sport ou dans les routines quotidiennes.
La discipline apporte ordre, structure et développement intérieur.

Si nous considérons le sens originel du mot, il ressort clairement que la discipline est moins un moyen de punition qu’un outil de transformation. Elle nous aide à mener notre vie de manière plus consciente et plus ciblée.
Ce qui nous apparaît au départ comme une contrainte, se transforme avec le temps comme une chose naturelle. Et en fin de compte elle nous apporte stabilité, équilibre et la liberté.

La discipline est tout sauf l’ennemie de la liberté. Elle est une de ses conditions préalables les plus importantes.